Le Père Jean-Marie Beurel (1813-1872)


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Photo credit : National Archives of Singapore

Les religieux français sont, dans le premier tiers du XIXème siècle les représentants les plus nombreux de la communauté française. Ces hommes et ces femmes laissent un héritage très important dans le Singapour d’aujourd’hui, que ce soit dans le domaine spirituel ou temporel.

Différentes congrégations religieuses catholiques françaises ou sociétés apostoliques se sont installées à Singapour tout au long des XIX et XXème siècles. Les Missions Etrangères de Paris (MEP), les Frères de la Salle, les Dames de Saint Maur, les Petites Sœurs des Pauvres, la société de Saint Vincent de Paul…sont les plus importantes.
XIXème siècle pour évangéliser, éduquer et venir en aide aux déshérités. Encore aujourd’hui, les Pères sont très actifs auprès des Singapouriens comme auprès de la communauté française.

Le Père Jean-Marie Beurel est une des figures emblématiques des MEP. Il a permis le développement du catholicisme à Singapour. Malheureusement, l’histoire officielle de la Cité-Etat l’a quelque peu oublié.

Né le 5 février 1813 à Plouguenast, dans le nord de la Bretagne (Côtes d’Armor), il devient diacre le 23 août 1838 au Séminaire des Missions Étrangères, puis est ordonné prêtre le 16 mars 1839. Il est envoyé à la mission du Siam, qui comprend alors la juridiction de Singapour. Il quitte la France le 28 avril et débarque sur l’île le 27 octobre 1839 à l’âge de 26 ans. L’évêque Courvezy installé au Siam le nomme responsable de la communauté catholique de Singapour le 23 avril 1840.

Homme trapus (1,67m), peau claire, cheveux roux, yeux marron Beurel est un travailleur infatigable et habile, doué d’un esprit d’initiative et d’un fort caractère. Ses conflits réguliers avec l’évêque Courvezy le prouvent, particulièrement quand il se bat pour la construction de l’église du Bon Pasteur (The Good Shepherd) et pour ouvrir des écoles. Il n’hésite pas à partir en France entre 1850 et 1852 à la recherche de fonds et pour convaincre les congrégations de venir s’installer à Singapour. Le Père Beurel quitte l’île définitivement en décembre 1869, affaibli par de nombreuses crises d’apoplexie. Il décède à Paris, au Séminaire des Missions Étrangères, le 3 octobre 1872. Il est enterré au cimetière Montparnasse.

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La cathédrale du Bon Pasteur

L’œuvre du Père Beurel est importante. Le 6 juin 1847, il bénit devant plus de 1500 personnes, l’église du Bon Pasteur qu’il a faite construire et qui devient cathédrale en 1897. Il fonde plusieurs églises catholiques sur l’île en utilisant parfois ses fonds personnels. Comme Sir Stamford Raffles, il comprend que la population dominante à Singapour sera chinoise. Il met tout en œuvre pour fonder des églises pour les Hokkiens, les Teochews, les Cantonais, les Hakkas… et envoie l’un des missionnaires, le Père Anatole Mauduit des MEP dès 1846 au nord et au centre de Singapour pour évangéliser les travailleurs chinois des plantations. Les églises de Saint Joseph à Bukit Timah et de St Pierre et St Paul sur Queen street et sont ainsi édifiées.

Il met toute son énergie aussi à la création des premières écoles catholiques en faisant venir les frères des Ecoles Chrétiennes et les Dames de St Maur et ouvre le SJI (St Joseph’s Institution) pour les garçons en 1852 et le CHIJ (Convent of the Holy Infant Jesus) en 1854 pour les filles.

Avant l’ouverture de la procure de Singapour en 1857, le Père Beurel remplit les fonctions de procureur pour la région. Il s’occupe des missionnaires de passage ou en poste à Malaya. Il écrit un guide avec l’aide du Père P. Bigandet et de l’évêque Boucho, servant à aider les nouveaux missionnaires. Ses « Annales de la mission catholique de Singapour » ainsi que son abondante correspondance constituent un riche témoignage sur l’époque.

En septembre 1859, il fait construire un presbytère attenant à l’église du Bon Pasteur pour plus de 8000 dollars et décore peu à peu l’édifice religieux de statues, de peintures du chemin de croix, achetées en France, comme celle du Bon Pasteur.

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Plaque commémorant le souvenir du Père Beurel - Cathédrale du Bon Pasteur.

En 1866, le 23 avril, il est à l’initiative d’un club, le Saint George Singapore Catholique Young Men’s Association qui se réunit mensuellement à la maison paroissiale à l’angle des rues Bras Basah et Queen street pour des conférences, des lectures publiques… Ce club est composé de 28 membres lors de sa création dont Paul Brasier, agent des Messageries Maritimes, compagnie de transport française. Il ferme en juin 1869 en raison de l’état de santé du Père Beurel.

A l’annonce de la mort du Père Beurel, en 1872, les chrétiens de Singapour affectés par sa disparition, insistent pour que son corps soit transféré dans l’île, mais en vain. Son héritage est important. Tout comme Raffles, il fut un visionnaire. Aujourd’hui, le personnage du Père Beurel est très souvent oublié. Cependant un hommage lui a été rendu avec la pose d’un vitrail le représentant dans la bibliothèque du SJI.

Maxime Pilon et Danièle Weiler

Dernière modification : 24/04/2014

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