Les Dames de Saint Maur et le CHIJ

Dès son arrivée à Singapour en 1839, le Père Jean-Marie Beurel, missionnaire des Missions Etrangères de Paris se donne pour tâche prioritaire, l’éducation des enfants. Son plus grand désir est d’ouvrir des écoles avec l’aide de congrégations enseignantes. C’est d’abord aux Frères des écoles chrétiennes qu’il s’adresse pour créer une école de garçons. Puis il fait une demande à la Mère supérieure générale des Dames de St Maur pour l’école des filles.

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Le CHIJ / Archives MEP

Cet ordre suit les principes fondés en 1675 par le Père Nicolas Barré qui crée dans plusieurs paroisses en France, des écoles populaires et forment des enseignants. Ainsi, quelques femmes, non religieuses d’abord, s’organisent, prennent le nom des Sœurs Maîtresses des Ecoles Charitables du Saint Enfant Jésus, et s’installent à Paris rue St Maur d’où leur nom : les Dames de St Maur. Presque deux siècles plus tard, en 1851, elles sont les premières femmes missionnaires à partir pour la Malaisie et Singapour où l’éducation des filles à cette époque y est pratiquement inexistante.

La première mission composée de Mère Pauline âgée de 31ans et de quatre Soeurs partie d’Anvers le 6 décembre 1851 sur le bateau « la Julie », échoue. Le voyage est long et mouvementé et Mère Pauline ne se remet pas du voyage. Elle meurt en mer le 13 mars 1852. A leur arrivée à Singapour le 29 mars le nombre de missionnaires baissent encore : Sœur Pulcherie quitte la congrégation pour se marier, une autre tombe gravement malade et les deux plus jeunes sont trop inexpérimentées pour ouvrir seules l’école de Singapour. Elles rejoignent la mission de Penang.

Mère Mathilde (1814-1911) est choisie pour la deuxième mission, qui part de Southampton en septembre 1852. C’est une femme intelligente, dévouée, efficace et déterminée. Voulant à tout prix devenir missionnaire et ayant été déçue de ne pas faire partie de la première mission pour Singapour, elle s’entraîne à supporter le climat équatorial en dormant en plein été, toutes fenêtres fermées, sous d’épaisses couvertures de laine. Trois sœurs l’accompagnent, dont une irlandaise.

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La maison Caldwell /Archives MEP

Le Père Beurel a acheté sur ses deniers personnels la maison Caldwell (construite par l’architecte Coleman) qui se trouve au coin de Victoria Street et de Bras Basah Road. La maison est en piteux état, mais dix jours à peine après leur arrivée et beaucoup d’efforts, les Sœurs ouvrent le Convent avec 14 élèves européennes et eurasiennes.

Durant les premières années Mère Mathilde donne au Couvent une réputation de charité et de générosité grâce à sa personnalité. L’éducation consiste principalement en l’apprentissage de la lecture, l’écriture, le calcul, la couture, le tricot et la cuisine. Pour ce faire, les Sœurs font venir d’Europe des produits, comme la crème, le beurre, le lait ou le fromage. Leurs travaux d’aiguilles sont vite très appréciés des communautés européenne et eurasienne, ce qui leur permet de récolter des fonds. L’école se développe et en 1862, 145 élèves sont inscrites.

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Les enfants du CHIJ

Trente ans plus tard, de nombreuses Sœurs venues de France s’occupent des 360 élèves, des 200 orphelines, des 30 femmes pauvres et des 26 bébés abandonnés à la porte du Couvent. Le CHIJ comprenant 40 Sœurs, bénéficie de l’aide du gouvernement colonial et de dons pour la construction d’un nouveau bâtiment. Sœur Hombeline, nommée principale en 1893, assiste à l’inauguration en 1904 de la nouvelle chapelle, dessinée par le Père Charles-Bénédict Nain des MEP. C’est sans doute l’œuvre la plus remarquable de cette époque.

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Les Dames de St Maur - CHIJ
Archives MEP

Au cours du XXe siècle, le français n’est plus enseigné que comme seconde langue. Les sœurs françaises ne parlant ni l’anglais ni le malais, les Sœurs irlandaises sont envoyées en priorité. Entre 1942 et 1945 le CHIJ n’est pas épargné par l’occupation japonaise et les bombes tombent sur le Couvent qui est rebaptisé par les japonais Victoria Street Girl’s School. En 1943, les Sœurs et les adolescentes sont évacuées au camp de Bahau où se trouvent les frères de La Salle. Le 15 aôut 1945 marque le retour à Singapour et la reconstruction du Couvent. Petit à petit ce sont les Sœurs irlandaises qui prennent la direction du Couvent et en 1963 l’internat ferme ses portes faute de pensionnaires. Les sœurs irlandaises sont remplacées à leur tour par des Sœurs singapouriennes et le CHIJ déménage à Toa Payoh et Ang Mo Kio en 1984. La chapelle désacralisée et la maison Caldwell sont déclarées patrimoine national en octobre 1990 et l’ensemble du Couvent est rebaptisé, CHIJMES.

Danièle Weiler et Maxime Pilon

Dernière modification : 24/04/2014

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