Olé Kamchanla, chorégraphe français, en résidence à Singapour

Le danseur et chorégraphe franco-laotien Olé Kamchanla est resté un mois en résidence à Singapour du 18 mai au 10 juin pour créer un spectacle en collaboration avec l’école de hip hop locale O School et faire des ateliers avec des élèves d’écoles du secondaire et d’université.

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Initiée par l’Ambassade de France avec le soutien du National Arts Council - le bras opérationnel du Ministry of Informations, Communications and the Arts -, cette opération entre dans le cadre du développement des collaborations entre artistes français et singapouriens afin d’inscrire la culture française durablement dans le tissu culturel local.

Olé raconte ici son expérience :

Sur sa création avec O School d’un spectacle pour le festival de culture française Voilah :

« Le but de cette résidence est de créer avec une école de danse hip hop singapourienne, O School, un spectacle, « Listen », qui sera présenté pendant Voilah, le festival culturel français, le 10 décembre 2011. Mon séjour se déroule en deux temps : un mois du 18 mai au 10 juin et dix jours du 1er au 10 décembre. Les participants sont des permanents, à la fois danseurs, professeurs et gestionnaires de cette école qui accueil chaque semaine près de 1000 élèves.

Le travail mené avec eux a été très intéressant. C’était une première pour moi, qui n’ai jamais vraiment travaillé uniquement avec des danseurs de la « new school hip-hop », et pour eux, qui ne savaient pas trop quoi attendre d’un chorégraphe issu du « hip-hop old school ». Un des buts de ce projet était donc la rencontre entre deux écritures chorégraphiques différentes. Je leur proposais de rentrer dans mon univers par des exercices chorégraphiques, tout en respectant leur vocabulaire corporel. Un exercice plutôt bien accepté par tous.Ils ont joué le jeu et m’ont fait confiance.

J’ai décelé parmi eux des talents aigüs pour la dramaturgie, bien plus que ce qu’ils laissent paraitre dans les formes chorégraphiques habituellement mises en scène. C’est toujours très intéressant pour moi d’extraire en chaque danseur la part cachée de leur interprétation. La pièce « Listen » est une expérimentation chorégraphique qui a été transmise depuis 2005 en France, en Thaïlande, en Birmanie, et au Laos. J’y utilise les différents langages corporels propres aux danseurs, y compris ceux qu’ils n’osent utiliser en public. « Listen » est une occasion de les révéler différemment. Il ne s’agissait pas de leur imposer les choses, mais plutôt de travailler ensemble, écrire mes phrases avec leurs mots.

Sur son atelier à SMU (Singapore Management University) :

« Les premiers jours d’atelier à SMU étaient un peu particuliers en termes d’organisation. Quelques problèmes de disponibilité de salles et parfois nous allions sous les bâtiments, dans les couloirs du MRT (métro). Un bon retour aux sources ! Le nombre de participants variait entre 3 et 8 personnes de 19-20 ans, ayant déjà une pratique de la danse hip-hop. Mes interventions avaient pour but de les aider à créer une série de chorégraphies simples pour qu’ils puissent à leur tour les transmettre à d’autres participants novices, tout en leur apprenant un maximum de technique en danse hip-hop (break dance, locking, poping).

Leur pratique du hip-hop était plus issue de ce qu’on appelle la « New school » et ils ignoraient l’histoire et les origines du mouvement hip-hop. Ces 12 heures d’atelier leur ont donc permis de découvrir les technique de danse du hip-hop « old school » et son histoire, et aussi les différents exercices pédagogiques pour leur permettre de transmettre leur propre vocabulaire hip-hop à d’autres. »

Sur ses ateliers à TANGLIN Secondary School et JUYING Secondary School :

« Ces ateliers ont réuni dans un même collège, à Tanglin, deux groupes d’une dizaine de jeunes collégiens inscrits à des ateliers parascolaires de leurs établissements respectifs. Les participants avaient en moyenne 15-16 ans et tous entre 1 et 2 ans de pratique de la danse hip-hop (« new school »). Quelques uns avaient des acquis en poping et break dance.

Mes ateliers avaient pour but de permettre la rencontre entre jeunes pratiquants d’établissements différents, en leur faisant découvrir l’histoire du hip-hop et en leur transmettant les différentes techniques du break, lock, et pop. Un passage obligé pour ensuite aller plus loin, et mettre à contribution leur sens de l’ouverture et de la découverte de leur corps, avec des exercices de groupe. J’ai tenté aussi de leur montrer que les danses, quelles qu’elles soient, sont des suites de techniques du mouvement qui ont leurs origines et qui peuvent être revisitées pour trouver un langage particulier.

Les séances de 3 heures étaient un peu longues pour ces jeunes participants, très vite distraits et moins concentrés au bout de 2 heures. Des participants très sympathiques avec une énergie étonnante. A Singapour, la pratique de la danse hip-hop est très populaire auprès des jeunes. Ce fut pour moi une expérience toujours très attachante, il s’agissait de faire découvrir un hip-hop d’ouverture, qui bouscule parfois ses propres codes. »

Cette résidence inaugure un véritable dialogue entre les deux pays : outre les ateliers et la création du spectacle « Listen », Olé Kamchanla a profité de sa présence à Singapour pour sélectionner deux danseurs singapouriens qu’il emmènera avec lui en résidence en France en février 2012 afin de présenter une nouvelle création aux Hivernales d’Avignon.

Note biographique :

Né au Laos, Olé Kamchanla a grandi à Valence où il découvre le hip-hop au début des années 90. Il se forme avec différents danseurs et chorégraphes des compagnies Azanie, Aktuel Force, Capoeira Panam, la Baraka, Storm, Artemis Danza. Petit à petit, il crée son style, une manière de danser qui lui est propre et qui lui permet de s’affirmer sur la scène de la danse. Il s’ouvre à la capoeira, à la danse contemporaine et fait la rencontre de Karim Amghar en 1998 avec lequel il crée la compagnie « A’Corps ». En 2007, avec l’aide du Tarmac, il part au Laos, en Thaïlande et en Birmanie, un retour aux sources qui lui offre l’opportunité d’approfondir et d’affiner son écriture chorégraphique. En 2009-2010, il chorégraphie une pièce pour 7 danseurs français, laotiens et thaïlandais, « Fang Lao ». Il crée le premier festival de danse au Laos, Fang Mae Kong, qui aura lieu cette année en octobre.

Dernière modification : 12/07/2011

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