Portrait d’alumni français n°6 : Lim Kah Bin, Responsable du French Double Degree Programme à la National University of Singapore

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Afin de célébrer le lancement de la plate-forme France Alumni à Singapour le 14 janvier prochain, l’Ambassade de France vous propose de découvrir chaque semaine le portrait d’un Singapourien qui a étudié en France pour qu’il nous parle de son parcours, de sa carrière et de sa relation avec la France. Cette semaine, nous sommes allés à la rencontre de Lim Kah Bin, en charge du programme du Double Diplôme (French Double Degree Programme) avec la France au sein de la National University of Singapore (NUS). Il a obtenu la médaille d’Officier et de Chevalier dans l’ordre des palmes académique pour service rendu à la France.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Lim Kah Bin. Je suis Singapourien, j’ai commencé mes études à Singapour jusqu’à 1978 quand le gouvernement français m’a donné une bourse pour faire mes études en France, à l’Ecole Centrale de Paris. En 1981, je suis rentré à Singapour et ai commencé à enseigner à la National University of Singapore. J’y suis encore aujourd’hui.

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Pouvez-vous nous parler de votre parcours scolaire et de votre expérience en France ?

En 1978, j’ai eu la chance immense, grâce à mes bons résultats académiques, d’obtenir cette bourse pour la France. Cette année-là, il n’y avait que deux bourses françaises pour l’enseignement supérieur : c’était un honneur d’obtenir l’une d’entre elles.

J’ai été admis sur titre à l’Ecole Centrale Paris après un Bachelor à Singapour. J’ai donc réalisé un DEA à Centrale en 1979 et un Doctorat d’Ingénieur en 1981. Ma spécialité était la métallurgie.

J’ai étudié le français pendant 5 semaines seulement avant de partir, autant dire rien du tout ! Quand je suis arrivé, je ne pouvais même pas acheter du pain ! J’ai passé deux mois à Vichy pour suivre des cours de français intensifs. Le français est une langue très belle, mais très difficile. A Centrale, tous les cours étaient en français ! Mais je suis devenu tuteur de chinois auprès des élèves français, et je me suis en fait beaucoup amélioré en aidant les autres à apprendre le chinois. J’ai aussi beaucoup appris dans la rue, en communiquant avec les gens au restaurant, au café. Cela m’a posé quelques problèmes. Dans un premier devoir, j’avais écrit « la température est vachement haute ! ». J’ai énormément apprécié apprendre le français. Encore aujourd’hui je lis beaucoup dans cette langue.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et des liens avec la France ?

En rentrant, en contrepartie de la bourse, j’ai été obligé de travailler pour le gouvernement singapourien. J’ai donc intégré l’Université Nationale de Singapour (NUS) en tant que maitre de conférences. J’ai commencé à travailler sur la robotique et le traitement des images.

J’ai toujours eu à cœur de remercier la France pour la bourse qu’elle m’a accordé. Alors quand NUS m’a proposé de mettre en place un programme de coopération avec la France, j’ai vu cela comme une opportunité de rendre à la France ce qu’elle m’a donné. C’est le French Double Degree Program (FDDP). On pensait que le programme ne serait pas attirant si les élèves devaient faire une classe préparatoire en France avant d’intégrer l’école d’ingénieur. Nous avons réussi à négocier, pour que les élèves singapouriens intègrent directement l’école. Comment assurer la qualité des élèves ? En ne sélectionnant que le top 5 - 10%. Avec les Français, quand on travaille avec raison et « bonne foi », on réussit. Au bout de 3 ans, nous avons réussi à convaincre les meilleures écoles françaises : Polytechnique, Ecole Centrale Paris, Telecom Paris, Mines Paris, Ponts et chaussées, Supélec. NUS est la seule école au monde qui a réussi à travailler avec ces meilleurs écoles d’ingénieurs françaises. Nous étions très fiers de ce programme, c’était une vitrine pour NUS.

En 2000, une deuxième fois j’ai eu la chance de travailler avec la France puisqu’on m’a proposé de monter un laboratoire franco-singapourien à Paris : c’est le projet Sondra. Ce projet a été encore plus exigeant. Sondra est l’acronyme de tous nos partenaires (Supélec, l’ONERA, NUS et DSTA), mais en grec cela veut également dire le protecteur de la paix ! J’ai été nommé directeur de ce projet. Aujourd’hui il est toujours à Supélec. Les négociations étaient dures. C’est une grande satisfaction d’avoir vu ce projet aboutir ce projet après 5 ans.

Voici les deux choses que j’ai faites pour remercier la France. Le travail n’est pas encore terminé. Aujourd’hui, je m’assure du maintien de ces programmes. C’est un grand défi de convaincre les jeunes Singapouriens de partir en France, souvent pour une durée plus longue, face aux pays anglophones dont ils connaissent déjà la langue. Quand ils rentrent, ils ne regrettent pas. Beaucoup de personnes haut placées à Singapour aujourd’hui ont fait leurs études en France.

Que retirez-vous avec le recul de votre expérience en France ?

Comme vous pouvez le voir, la France a eu énormément d’influence sur ma carrière, mais également sur ma vision de la vie. Pendant mes trois années passées en France, j’ai appris beaucoup de choses, la langue bien sûr, mais aussi sur la vie en général. Comment vivre indépendamment ? Comment surmonter les difficultés quand elles se présentent ? J’ai appris à prendre du recul par exemple. Je me rappelle d’une fois où j’avais passé la nuit dans le métro de Châtelet-les Halles, après avoir raté mon dernier train, à discuter avec les gens, c’était une très bonne expérience. J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens formidables. J’allais leur rendre visite en Bretagne, manger des crêpes ; à Chamonix faire du ski. J’ai toujours gardé ce lien avec la France, via les French Alumni, que j’ai présidé dans les années 80. Je voyage régulièrement encore en France, presque chaque année pour rendre visite à mes amis. Je tiens à remercier la France et le gouvernement français pour m’avoir donné la chance d’étudier en France. A chaque fois que je commence un discours, je commence en disant : « Pourquoi ai-je travaillé si dur pour la France ? Pour la remercier de m’avoir attribué cette bourse ». En Chinois, il y a un idiome, 飲水思源 qui signifie : « quand vous buvez de l’eau, pensez à sa source ». Je n’oublie pas ce que je dois à la France. Vive la France !

Dernière modification : 10/12/2015

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